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  À propos de la science-utopie  de Charles Fourier                

                     

Walter Benjamin a écrit: «L'utopie de Fourier annonce une trasformation dans la fonction de la poésie». Je trouve qu'il faut y rabattre aussi les mathématiques, pour ce qu'il y a de poétique dans le mathéme.

C'est le calcul que chez Fourier doit devenir poétique voir imaginaire. C'est donc bien l'idée qu'on a de la Raison qui doit être modifiée : la poésie qui se fait ordre intellectuel et langue de la science est l'annonce d'une réelle révolution scientifique. De cette Révolution on ne connait pas encore la signification la plus profonde. Fourier reste inconnu comme théoricien d'une science qui soit la même chose que la poésie.

 

 

    

Charles Fourier fut une découverte de ma jeunesse.

    Dans le cadre d'une reconstruction de sa biographie intellectuelle j'arrive à formuler des hypothèses, en partie nouvelles, sur ses relations "scientifiques" et sur la véritable nature de ses recherches autour d'une "nouvelle science universelle". Au centre de sa découverte est bien l'illumination de l'avril 1799, qui porte à l'énonciation (jamais expliquée ouvertement, mais toujours paraphrasée) d'un 'fond du calcul' de l'harmonie sérielle, tiré soit de la musique soit de l'arithmétique.

    Charles a séjourné surement à Paris tout au cour de l'année 1797 et une relation théorique importante lie son projet de perfectionnement du calcul newtonien de l'attraction avec les travaux de Laplace et de Joseph Fourier. L'originalité des développements harmoniques que ce dernier donne à l'analyse des vitesses virtuelles est très (philosophiquement) surprenante déjà dans son premier écrit (le Mémoire sur la statique ... - 1798, "Mémoire" injustement oublié par le remarquable travail de Grattan-Guinness sur J. Fourier). Cet écrit présente pour moi un intérêt exceptionnel pour plusieurs raisons, voir l'originalité avec laquelle on y traite de l'intégration des 'variables indéterminées', voir le projet de révision de la 'mécanique moderne'. La révision de la Régle de Descartes et le Théorème sur les changements de signes sont aussi impliqués par les extensions de ce Mémoire, et cette révision est aussi centrale chez Charles, qui aussi essaie d'intégrer la problématique avec la réflexion sur les séries et les harmonies mathématiques (vds. cordes vibrantes).

    De toute façon, pour les années 1797-99, c'est bien en Joseph qu'il faut chercher les références 'scientifiques' dont Charles tire une partie importante de son inspiration. Pendant les années 1799-1808 Charles travaille à mettre en système la découverte (du calcul intégral de l'harmonie - comme il dit -) et laisse entendre de vouloir l'appliquer (avec la collaboration de certains 'savants') à toutes les sciences. Dans un écrit de 1803 (Des trois nœuds du mouvement) il donne des applications de l'analyse sérielle qui sont avancées du point de vue de la formulation math. Et une certaine collaboration peut bien avoir eu lieu avec Joseph avant la formulation, par ce dernier, de la Théorie de la propagation de la chaleur (1807, cfr. Grattan-Guinness). Mais, surement la publication par Charles, en 1808, de la Théorie des quatre mouvements a rendu inavouable toute sorte de communauté entre les deux 'cousins' (il y avait des raisons politiques, "morales" et des raison maçonniques). Cependant on peut reconstruire (c'est une partie de mon travail) les influences qui, dans un premier moment (1787-99), de Joseph et de son entourage vont vers Charles, aussi bien que certaines contributions postérieures de celui-ci aux développements de l'analyse sérielle chez Joseph particulièrement.

    La disparition de la plupart des papiers 'scientifiques' de Charles Fourier (surtout pour les années 1800-1812) rend difficile l'articulation concrète de ces rapports. Charles a lui même cryptés ses calculs et a essayé en toute manière d'effacer les références qui pouvaient donner les clés pour l'intelligence plaine de ses recherches. Malgré cela, on peut expliquer la structure de son « Théorème de l'emploi intégral de la vérité, en mode majeur et mineur » dont des "parties" se trouvent distribuées tout au long de ses œuvres. Enfin j'arrive à donner une explication de ce Théorème qui intégre la combinatoire à la 'science des systèmes' avec des solutions très originales, de façon à pouvoir donner de la valeur aux thèses avancées par Raymond Queneau (Bords, Paris 1963) sur les anticipations mathématiques de Charles (soit pour la solutions des équations d'ordre sup, suit pour la Théorie des groups). Parmi les cahiers manusc. (Inédits du Fond Fourier des Archives de France) de Charles ne manquent pas de nombreuses pages sur les séries, mais leur intérêts est plutôt philosophique que mathématique. Quand même on y trouve des opportunités à la solution du problème. Une position singulière y tient le Cahier de calculs (10 AS 12, pièce 10) qui n'a jamais été objet d'attention et dont l'interprétation est très difficile à cause du cryptage soit des signes que des opérations. Beaucoup d'autres cahiers de Charles d'intérêt math. ont disparu.

    Le dépassement des limites remarquables (systémiques) de la mécanique newtonienne (et laplacienne) est au centre de la spéculation de Charles, aussi bien que de celle de Joseph (bien que ce dernier, étant plus opportuniste et conservateur en politique, n'a pas cherché une cassure irrécupérable). Donc, au contraire de l'avis de Proudhon (De la création de l'ordre ... 1843) ou de Roland Barthes (Sade Fourier Loyola, 1971) j'arrive à conclure sur la réelle existence d'un noyau théorématique dans la pensée de Charles qui a été plus ou moins camouflé (pour des raisons que j'essaie d'expliquer) donnant lieu à des allégories "visionnaires", quand même construites sur des algorithmes rigoureux.

    À mon avis le fait d'admettre une influence (indirecte) de Charles sur Joseph et autres "savants" de l'époque n'enlève rien à ces derniers, mais au contraire donne de la signification et de l'ampleur à la dispute que les "harmoniciens indéterministes" eurent avec les "néo-cartésiens déterministes" (soit les positivistes - voir les positions de Comte contre les « infinitivistes », les algébristes, les physiciens "qui recherchaient l'harmonie de la vision et de l'audition", etcetera ...). Une partie importante de mon travail porte sur le Double Monde de l'Œil et de l'Oreille, par rapport à cette problématique centrale mais pas tout à fait évidente (publique) dans la communauté scientifique de l'époque (soit l'École polytechnique, soit l'Académie des sciences). Une étude en parallele des deux Fourier ouvre des espaces qui intéressent une meilleure intellection de nombreuses problématiques (soit pour l'histoire des sciences que pour l'histoire des idées sociales).

                                                                                       Antonio Rainone

 

Voir ici: Le texte inédit de FOURIER "Le Double mariage des passions" (PDF)

Voir aussi:      Autres inédits et articles sous la page MATÉRIAUX