Du Réel au Réel : l'apparence apparentée à l'apparence. La souveraineté auto-constituante de son Corps comme Corps "politique". Lu dans ce sens l'autoportrait se représente comme un acte fondateur, "Romulus traçant le sillon pour définir les confins de la ville nomothétique". On le comprend car dans le fond d'une photo-impression il y a toujours un projet géographique, un dessin tracé entre l'horizon de la carte et de l'identité : Ego sum Ego.

Du Réel à l'Imaginaire ou la forme du désir forclos. Avant ou après l'élaboration du portrait, le sujet se déclare entouré d'espaces scéniques qui en neutralisent l'autorité et le rendent innocent. Ici apparaissent, dans les contours indécis de la couleur et de la lumière, les météorites d'une obsession pré-psychoanalytique : une neutralité infantile qui imagine chaque chose comme faisant partie de son microcosme corporel. Derrière cette mise en scène transparaît un inquiétant désir d'immortalité, confirmé par la réitération illimitée de sa propre image : Ego sum Mundus.

Du Symbolique à l'Imaginaire. L'écriture met des signes dans le corps féminin et attribue un sexe à chaque objet. Ici le réalisme géographique du Réel se transforme en une topologie à l'économie libidinale qui se fixe momentanément sur des détails et des parties qui deviennent dérangeants. Le miroir sombre dans le monde des objets : Ego sum Alter.

De l'Imaginaire au Réel. L'impossibilité de représenter sa propre mort. Que personne ne puisse photographier sa propre mort se confirme chaque fois que le déclencheur de l'appareil arrête le temps dans la fixité du perceptum. J'ai le courage de m'écrire sur le visage. "Je n'ai pas le courage de mourir" déclare Mélanie sur un post-it amovible, pas au hasard. Ici la prise de vue réitérée fonctionne comme un véritable salva-vita. Le paradoxe dévoile malgré tout que Ego non sum Ego.

Un parcours reste singulièrement impraticable: de l'Imaginaire au Symbolique. Quiconque écrit sait ce que signifie traduire des imaginations en une suite de signes et de symboles.

La parole interdite est donc la grande Muse de Morand. À sa divinité cachée se nie chaque accès, car les autres chemins sont tenus dans la présence d'une infinité mesurable.

 

Roma, 29/03/05